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Dans les tongs de Srwoch Chhorvorn

Tuesday, October 18 2016

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Post by Soieries du Mékong

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Dans les tongs de Srwoch Chhorvorn

Soieries du Mékong s’est fixé une mission sociale : favoriser l’autonomisation des femmes dans les zones rurales du Nord Ouest du Cambodge  en les formant au tissage de la soie et en leur proposant un travail durable, qui valorise leur savoir-faire. Ainsi, la majorité des artisans qui s’activent pour confectionner vos foulards sont des femmes. Pour comprendre comment nos tisserandes trouvent leur équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle, nous sommes partis à la rencontre de l'une d'entre elles : Srwoch Chhorvorn. Un brin évocateur, son nom signifie en khmer éclat et acuité. En effet, grâce à la coordination contrôlée et parfaite de ses mouvements, elle joue avec les fils et fait naître sous ses mains délicates des tissus soyeux et rayonnants …

 

                L’air est frais et humide ce matin lorsque nous nous rendons à notre rendez-vous avec Srwoch Chhorvorn. Mère de deux enfants, un garçon de douze ans et une petite fille de deux ans, elle est tisserande chez Soieries du Mékong depuis cinq ans déjà. Après une formation d’un an au sein de notre atelier, Soieries du Mékong a installé chez elle une bobineuse et un grand métier à tisser afin de lui offrir l’opportunité d’être entourée de sa famille pendant ses heures de travail. Assises autour de la table de bois dans sa cuisine, elle nous offre un thé. A travers son quotidien, elle nous dévoile son organisation pour être à la fois une bonne maman et pouvoir accomplir ses tâches de tisserande parfaitement.

5h du matin…le soleil se lève et elle aussi.

Après quelques minutes pour sortir de sa brume matinale, elle s’installe devant sa bobineuse. Cet outil lui permettra de transformer les écheveaux de soie en canettes, de petites bobines de toutes les couleurs qui serviront à la confection de la trame du foulard.

7h du matin : Il fait déjà chaud !

Elle poursuit son rituel quotidien et prend une douche. Ensuite, elle se retire dans la cuisine et commence à préparer le poisson et les légumes qu’elle passera ensuite au grill.

« Vous petit déjeunez en famille ? »  Elle nous confie en souriant « Oui, quand mon fils n’est pas en retard, ce qui lui arrive un peu trop souvent !». Puis chacun vaque à ses occupations. Son fils part à l’école à pied et son mari, agriculteur, rejoint l’un des nombreux champs de manioc de Banteay Chmar.

8h du matin… Le tissage commence

Après avoir fait la vaisselle, vers 8h, elle commence à tisser. Le tissage est un travail de patience et de précision.  « Il faut que je sois en forme, car une seconde de déconcentration peut me faire faire des bêtises, et je perds alors un temps fou à les rattraper ». Contrairement à d’autres tisserandes qui se retrouvent chaque jour dans notre atelier de village, elle a choisi de travailler depuis chez elle pour prendre soin de sa petite fille, déjà très énergique pour son âge. Le tissage demandant énormément de concentration, elle ponctue sa matinée de pauses pendant lesquelles elle joue avec sa petite fille. Le reste du temps, elle l’occupe avec des jeux ou invite les enfants de ses voisins pour qu’elle ait des camarades de jeu.

La nourriture cuisinée le matin est à disposition toute la journée, de manière à ce que chaque personne de la famille puisse se servir à toute heure. Son fils rentre de l’école pour déjeuner à 11h tandis que son mari a un emploi du temps assez aléatoire. Il lui arrive d’ailleurs de ne pas revenir et de déjeuner avec ses collègues à côté des champs pour gagner du temps. 

L’après-midi, ses horaires de travail sont variables d’un jour à l’autre. Contrairement aux usines textiles, Soieries du Mékong n’impose pas d’horaire fixe. Lorsque nous remettons un métier à tisser à une tisserande, nous fixons plutôt avec elle des « objectifs de production » hebdomadaires, lui permettant ainsi de décider elle-même comment organiser son temps. Lorsqu’il faut trop chaud ou qu’elle a des courses à faire, il lui arrive de ne pas tisser pour pouvoir aller au marché ou se reposer.

A 17h, Pon Vichika, son fils, revient de l’école.

Ils préparent ensemble le repas du soir, généralement des œufs frits et de la soupe dans laquelle elle utilise les restes du poisson cuisiné le matin. « Et du coup après, nous dînons ensemble et chacun raconte sa journée. C’est un moment que j’aime bien et toujours très vivant ».

A 19h, elle va coucher les enfants, après avoir chanté au moins deux chansons à sa fille qui ne se lasse jamais d’écouter les mêmes. Elle profite alors avec son mari du calme de la maison pour regarder des films thaïs. Sans hésiter, ses films préférés sont ceux qui mélangent comédie romantique et combats violents ! Mais elle termine rarement les films, s’endormant bien avant sur un matelas qui fait office de canapé.

A la fin de notre rencontre, quand nous lui posons la question de sa motivation pour travailler chez Soieries du Mékong, elle nous répond simplement : « Ils me donnent un travail, une sécurité sociale, et mon indépendance ». 

Nous la remercions de nous avoir parlé de son quotidien. Pour nous, c’est aussi la vision d’une femme forte et touchante qui réussit magnifiquement à jongler entre famille et travail.

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